La Slovaquie doit mettre fin à la ségrégation des enfants roms dans l’école spéciale de Pavlovce nad Uhom

24 juillet 2008

« En classe 7 de l’école spéciale, j’ai appris les mêmes choses qu’en classe 3 de l’école générale. »
Un adolescent rom de quatorze ans placé par erreur dans une école spéciale

Des élèves roms de l'école spéciale de Pavlovce nad Uhom, dans l'est de la Slovaquie.En Slovaquie, un très grand nombre d’enfants roms sont placés à tort dans des « écoles spéciales » destinées à des enfants atteints d’un handicap mental, où ils reçoivent un enseignement inférieur à la normale. Ils ont ainsi très peu de chances de trouver un emploi et de suivre des études supérieures. Selon des études indépendantes, dans toute la Slovaquie, environ 80 p. cent des enfants placés dans ces écoles sont roms.

Une fois qu’ils sont dans des écoles spéciales, ils n’ont aucune chance de revenir dans la filière d’enseignement général accueillant des enfants aux capacités moyennes ou supérieures à la moyenne.

Pavlovce nad Uhom est une petite ville située dans l’est de la Slovaquie, à 10 kilomètres de la frontière ukrainienne. Une bonne moitié de ses 4 500 habitants sont roms. La localité compte deux écoles élémentaires : une école générale et une école spéciale pour les enfants handicapés mentaux.

Près des deux tiers des enfants roms fréquentant l’école primaire de Pavlovce nad Uhom subissent une ségrégation de fait dans l’école spéciale : en effet, 99,5 p. cent des quelque 200 élèves de cet établissement sont roms.

Officiellement, un enfant ne peut être placé dans une école spéciale qu’à la suite d’un diagnostic formel ayant révélé un handicap mental, et uniquement avec l’accord plein et entier de ses parents. Cependant, à Pavlovce nad Uhom, de nombreux enfants n’ont fait l’objet d’aucune évaluation et le processus d’évaluation en lui-même laisse à désirer. En outre, le consentement parental est rarement libre et éclairé.

À la suite d’inspections ordonnées par le maire de la ville en 2007, il a été reconnu officiellement que 17 élèves n’avaient rien à faire dans l’école spéciale et qu’ils y avaient été placés par erreur. Amnesty International pense que ce nombre est en fait nettement supérieur et que d’autres enfants roms qui devraient légitimement aller dans une école générale continuent d’être privés de leur droit à l’éducation à Pavlovce nad Uhom.

Ces graves violations des droits humains ne résultent pas simplement d’erreurs humaines, elles sont la conséquence d’un échec plus large lié à la persistance de la discrimination, tant dans la conception que dans la mise en œuvre du système scolaire slovaque.

Amnesty International appelle les autorités slovaques à reconnaître ces manquements et à engager les réformes structurelles nécessaires. L’organisation demande en particulier au directeur de l’Autorité scolaire régionale de Košice, qui a fondé l’école spéciale de Pavlovce nad Uhom et qui en est directement responsable, de :
  • faire en sorte que toutes les décisions de placement soient réexaminées et que tous les enfants actuellement inscrits à l’école spéciale de Pavlovce nad Uhom fassent l’objet d’une réévaluation afin d’identifier ceux qui auraient pu être placés dans cet établissement par erreur. Ces élèves devront être réintégrés rapidement dans l’école générale et l’Autorité scolaire régionale devrait leur fournir un recours utile, notamment sous la forme de réparations ;
  • prendre des mesures adéquates contre les fonctionnaires ayant enfreint la loi slovaque et agi aux dépens du droit à l’éducation des enfants roms de Pavlovce nad Uhom ;
  • veiller à ce que l’inscription des élèves ne soit en aucun cas approuvée par l’école spéciale Passez à l'actionsi ces enfants n’ont pas fait l’objet d’un diagnostic clair, objectif et sans équivoque concluant à un handicap mental. Ce diagnostic doit précéder le placement de l’enfant dans l’école spéciale, et la demande ou l’autorisation des parents ne devrait pas être le facteur décisif dans ce type de placement.
L’année scolaire recommence le 1er septembre à Pavlovce nad Uhom. Mobilisez-vous sans attendre pour que tous les enfants de cette ville reçoivent l’enseignement de qualité auquel ils ont droit.